Catégorie : Metalepse

Métalepse : « quèsaco » ?

Métalepse : « quèsaco » ?

Malgré son nom quelque peu barbare, la métalepse est une subtilité langagière que nous mettons en œuvre tous les jours.

Derrière ce substantif insondable se cache une figure de style qui consiste à substituer l’effet pour la cause, ou encore l’antécédent pour la réalité actuelle. Ainsi, dira-t-on par exemple « nous le pleurons » au lieu de « il est mort ». Ici, le fait de pleurer constitue  le corollaire d’une situation causale en amont : le décès de X. Dans le cas de la seconde variante (l’antécédent pour la réalité actuelle), on dira par exemple « ils ont vécu » en lieu et place de « ils sont décédés ». On l’aura compris au travers de ces quelques illustrations, les métalepses consistent donc tout simplement à substituer un mot ou groupe de mots par un autre. Et cette permutation est guidée soit par un rapport de cause à effet, soit un rapport physique de rattachement.
En ce sens, cette figure est donc une variante d’une autre figure de rhétorique bien connue : la métonymie. Cette dernière établit un procédé de style qui permet de remplacer un concept par un autre en vertu d’un lien logique qui les rattache. Ce lien pouvant être soit un rapport de cause à effet, de contenant à contenu, d’une partie pour le tout, du singulier pour le pluriel, etc. Plusieurs exemples peuvent être donnés pour illustrer la mise en œuvre de la métonymie dans le langage courant. Ainsi, toutes les fois qu’on invite un ami à « boire un verre », on a recours à la métonymie. Ce n’est en effet pas le « verre » que l’on va « boire », mais bien son contenu. A ce titre, le « verre » dont on sollicite notre interlocuteur à venir boire se substitue à la liqueur qu’elle est censée contenir. Le rapport logique s’établit donc dans cet exemple à l’échelle du lien « contenant/contenu ».

A quoi servent-t-elles dans le langage ?

Comme la plupart des figures de style, les métalepses peuvent endosser différentes fonctions dans le langage. Ainsi, dans le langage courant, elles peuvent constituer une manière d’exprimer la politesse. Admettons qu’un invité dise à son hôte « je ne veux pas vous déranger plus longtemps ». Cette phrase est en fait une manière polie de signifier qu’il s’en va. Mais les usages de cette figure de rhétorique ne s’arrêtent pas à ce seul exemple.

Ainsi, les métalepses pourront encore être employées pour mettre en œuvre certaines autres figures de style comme l’hyperbole. Lorsqu’une dame se sent offensée par les paroles déplacées d’un ami et qu’elle lui dit « tu as visiblement bu », elle voudra en fait dire concrètement par-là « tu dis des sottises ». En substituant la première expression à la seconde, elle exagère la réalité pour produire une forte impression sur son interlocuteur. L’hyperbole est ainsi caractérisée au moyen d’une substitution d’expression guidée par un rapport logique de cause à effet, autrement dit une métalepse.
L’emploi des métalepses peut encore caractériser une autre figure de style courante : l’euphémisme. Comme chacun le sait, l’euphémisme consacre en effet un adoucissement d’une réalité trop choquante. Ainsi, dira-t-on par exemple « il nous a quittés » ou bien « il ne souffre plus » au lieu de « il est mort ». Par la mise en œuvre de telles expressions, on substitue la conséquence à la cause. Autrement dit, on fait usage d’une métalepse. Par-delà ces usages stylistiques divers, les métalepses permettent encore d’établir des raccourcis dans l’expression des idées. En effet, de par la manipulation conceptuelle qu’elles opèrent, elles permettent d’associer deux idées en ne se basant que sur un lien logique ou temporel qui relie l’une à l’autre. Par ce fait, les métalepses permettent donc d’inférer une chose à partir d’une autre. Par-là, elles consacrent ainsi un effet de surprise qui permet d’imprimer une certaine poésie dans le discours.

Les métalepses et les autres figures de style : comment faire la distinction ?

Comment distinguer la métalepse des autres figures de style qui leur sont proches ? Pour le savoir, il faut déjà identifier quelles sont ces

figures de rhétorique qui leur sont voisins. Il faut donc distingué : la métonymie, la litote, l’hyperbole ou encore l’euphémisme. Ce sont les figures de style qui se rapprochent le plus des métalepses. A ce titre, les distinguer peut donc parfois relever de la gageure.

En effet, par la mise en œuvre du procédé de substitution qui les caractérise (cause à effet, antécédent à réalité actuelle), les métalepses peuvent aussi consacrer une litote, un euphémisme, ou une hyperbole. Dans de tels cas la figure « exhale » alors plusieurs dimensions. Et cet état de fait brouille les contours définitionnels que l’on croyait acquis. Malgré cette confusion, pour faire la part des choses, il faut garder en tête que la métalepse ne recouvre pas toujours nécessairement les finalités dessinées par ces autres figures de style voisins. Ainsi, elle n’est pas toujours vouée à signifier une atténuation comme la litote ou l’euphémisme ou une exagération comme l’hyperbole. La métonymie embrasse des hypothèses bien plus larges que les liens cause/effet, antécédent/réalité posés par les métalepses.