à quoi sert encore un éditeur ?

Publié le 31 janvier 2026 à 20:07

la question revient souvent. elle m’est parfois posée frontalement, parfois suggérée, parfois intériorisée. elle n’est pas polémique. elle est simplement là.

les textes circulent. les outils de publication sont accessibles. les auteurs peuvent tout faire seuls, ou presque. dans ce paysage, l’éditeur n’est plus un passage obligé. il ne garantit ni la visibilité, ni le succès, ni même la légitimité. alors à quoi sert-il encore ?

je crois qu’il ne sert plus à autoriser, mais à choisir. non pas à dire ce qui est publiable, mais à dire : ce texte-là mérite qu’on s’y attarde. pas pour de bonnes raisons générales, mais pour de bonnes raisons situées, assumées, parfois discutables.

mais choisir un texte ne suffit pas. ce qui fait encore sens, pour moi, c’est le compagnonnage avec l’auteur. travailler ensemble dans la durée. relire, discuter, déplacer. parfois résister au texte, parfois s’y soumettre. chercher non pas à l’améliorer selon des normes extérieures, mais à l’aider à devenir plus exactement lui-même.

un éditeur sert peut-être à ralentir. à créer un espace où l’on peut douter sans urgence. où une phrase peut être reprise dix fois sans que cela paraisse absurde. où le livre se construit comme une forme patiente, et non comme un produit à optimiser.

il sert aussi à prendre des risques à la place des autres. à accompagner des textes qui ne promettent rien d’évident. à accepter que certains livres ne trouvent que peu de lecteurs — mais ceux-là, précisément.

métalepse n’est pas une réponse définitive à cette question. c’est une tentative. une pratique. une manière de croire que l’édition peut encore être un geste d’attention, de fidélité et de temps partagé.

la question reste ouverte. le compagnonnage, lui, continue.